Neurosciences

Sommeil naturel / somnifères 

Notre cerveau se régénère pendant notre sommeil

Quand nous dormons, notre cerveau expulse ses déchets par des contractions périodiques, toutes les cinquante secondes.

Ainsi, il est tout frais et prêt à repartir le lendemain matin…

Quand on se couche avec l’esprit embrouillé, et le matin les pensées sont plus claires. Que s’est-il passé? Tout d’abord, pendant que vous dormez, certains souvenirs sont triés, renforcés en fonction de leur pertinence grâce à des phénomènes de consolidation des synapses, tandis que d’autres informations moins importantes sont mises de côté. Mais en outre, tous les déchets produits par le cerveau, les résidus de neurotransmetteurs et les toxines engendrées par son activité, sont évacués par un système d’égouts constitué de petits vaisseaux appelés «glymphatiques»; ces ordures ménagères sont expulsées avec le liquide qui baigne le cerveau, le liquide céphalorachidien, et notre cerveau se trouve comme à la sortie d’une station de lavage automobile, tout propre et prêt à repartir pour une bonne journée de travail neuronal.

Ce processus de lavage cérébral a été découvert il y a une quinzaine d’années par la chercheuse danoise Maiken Nedergaard, de l’université de Copenhague. Récemment, ses collègues et elle ont poussé leurs investigations plus loin et ont découvert l’impulsion initiale de ce phénomène de nettoyage: un neurotransmetteur appelé «noradrénaline», libéré dans les profondeurs du cerveau pendant que nous dormons.

Quand nous entrons en phase de sommeil profond, environ quarante-cinq minutes après avoir fermé les yeux, le générateur de noradrénaline (le locus coeruleus) commence à envoyer des vagues de cette molécule dans l’ensemble du cerveau. Elle déferle alors par vagues périodiques, comme celles qui s’abattent sur une plage, au rythme d’environ une toutes les cinquante secondes.

Grâce à des sondes miniaturisées posées dans le cerveau de souris, Maiken Nedergaard et ses collègues ont pu observer qu’à chaque vague de noradrénaline, les vaisseaux sanguins du cerveau se contractent (la noradrénaline est un vasoconstricteur), puis se dilatent une fois que la vague se retire.

Ce mouvement de va-et-vient des vaisseaux sanguins va alors comprimer de manière périodique les vaisseaux lymphatiques chargés d’évacuer les déchets du cerveau.

En les pressant comme vous le feriez avec un tube de dentifrice, ils font sortir les déchets… Les chercheurs ont ainsi observé que la quantité expulsée varie aussi de façon cyclique toutes les cinquante secondes.

Ils ont ensuite fait l’expérience de bloquer l’action de la noradrénaline avec des molécules antagonistes: aussitôt, l’évacuation des déchets s’est interrompue. Puis ils ont fait l’inverse et stimulé la libération de noradrénaline au niveau du locus coeruleus par des impulsions laser.

Ils ont alors pu commander la fréquence d’évacuation des ordures cérébrales.

L’équipe danoise a ensuite posé une question: un sommeil provoqué par des somnifères lave-t-il aussi le cerveau? Pour le savoir, ils ont donné à des souris un somnifère largement prescrit, le zolpidem, et ont observé ce qui se produisait dans leur cerveau. 

Constat: les vagues de noradrénaline se sont arrêtées, le mouvement des artères aussi, et les déchets ont stagné dans leur cerveau!

Ce qui livre un enseignement précieux sur ce type de somnifère: il permet certes de s’endormir plus vite en réduisant l’activité des neurones, mais laisse un cerveau aussi sale qu’un appartement au lendemain d’une fête. Avec les risques que cela comporte à plus long terme pour le développement d’éventuelles maladies neurodégénératives.

Article Cerveau &Psycho – Mars 2025

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